L’odorat : Un sens peu connu et fascinant

par | olfactothérapie

L’olfaction ou odorat est le sens qui permet la perception des substances odorantes. Il est l’un des premiers à se développer lors de la gestation.

Dans notre société audio-visuelle ce sens est peu mis en avant, et souvent qualifié de sens « archaïque ».

Et pourtant… Stimulé à chaque inspiration, l’odorat est plus puissant qu’on ne le croit. Il influence nos humeurs, notre comportement et même souvent nos choix de manière inconsciente.

Et c’est quand nous perdons notre odorat (comme vécu par beaucoup pendant la crise du Covid-19) que nous réalisons son importance dans notre quotidien. Comme si nous perdions un lien invisible avec le reste du monde.

Alors intéressons-nous d’un peu plus près à ce « super sens » : son fonctionnement, ses particularités, son lien étroit avec nos émotions et nos souvenirs et les applications thérapeutiques possibles.

Le fonctionnement de l’odorat

Le système olfactif repose sur un mécanisme complexe.

Lorsque nous inspirons une molécule odorante, elle remonte dans la cavité nasale et entre en contact avec notre muqueuse.

Cette muqueuse située dans la partie supérieure de la cavité nasale est appelée l’épithélium olfactif. Elle contient des millions de neurorécepteurs olfactifs, dotés de cils microscopiques qui capturent les molécules odorantes.

Ces cils vont transmettre l’information au bulbe olfactif grâce aux fibres nerveuses qui passent à travers les trous d’une fine structure osseuse (la lame criblée de l’ethmoïde).

C’est le bulbe olfactif qui va recevoir et traiter l’information olfactive.

Puis le message est directement transmis au système limbique, région de notre cerveau qui comprend l’amygdale (centre des émotions) et l’hippocampe (centre de la mémoire).

=> C’est ici que réside une des particularités de l’odorat : C’est le seul sens directement connecté au système limbique.

C’est ce qui lui confère un accès direct à nos émotions et souvenirs.

Rôles et particularités de l’odorat :

L’olfaction se démarque des autres systèmes sensoriels par plusieurs aspects :

  • Le lien anatomique entre les régions olfactives, mnésiques et émotionnelles.

Cet accès privilégié au cerveau limbique explique le caractère très émotionnel des odeurs et des « souvenirs » olfactifs.

  • Son lien avec le sens du goût.

Il existe un lien très étroit entre olfaction et gout.

Sucré, salé, amer, acide et umami sont les 5 saveurs détectées par nos papilles et donc associé au sens du goût.

Toutes les autres nuances de saveurs que nous associons au sens du goût, proviennent en fait de l’odorat. C’est ce que l’on appelle : la perception rétronasale. Elle permet la perception des arômes.

Le sens du goût est donc indissociable de l’odorat. C’est seulement quand ces 2 sens fonctionnent parfaitement de pair que nous pouvons apprécier toutes les saveurs d’un plat.

  • Sa capacité à régénérer ses neurones tout au long de la vie.

Ce phénomène est appelé la neurogenèse adulte.

En effet, il existe, au niveau de l’épithélium olfactif, un réservoir de cellules souches qui se divisent en permanence et permettent le renouvellement des neurorécepteurs olfactifs tout au long de la vie.

« Cette capacité à produire de nouvelles cellules permet au cerveau adulte de s’adapter aux changements survenant dans son entourage ; en cas de lésion ou de maladie, notamment, elle lui offre une possibilité de pouvoir se réparer. » Med Sci (Paris) 2006 ; 22 : 607–613

 

  • L’olfaction joue également un rôle fonctionnel dans la détection des dangers (fumée, gaz), la sélection des aliments (aliments avariés), et la communication interpersonnelle.

Olfaction : un accès privilégié à nos souvenirs et émotions :

« Le parfum est cette dernière et meilleure réserve du passé, celle qui, lorsque toutes nos larmes sont taries, peut nous faire pleurer à nouveau ! »Marcel Proust

Comme vu précédemment, de par son lien direct avec le cerveau limbique, l’odorat joue un rôle clef dans l’élaboration de notre mémoire, de nos émotions et de nos comportements.

Cette connexion unique explique pourquoi une odeur peut nous évoquer instantanément un souvenir ou déclencher une émotion forte. Contrairement à d’autres sens comme la vue ou l’ouïe, l’information olfactive passe d’abord par le cerveau limbique avant d’être analysée par le cortex, siège de la perception rationnelle.

C’est pourquoi la première réaction lorsque l’on perçoit une odeur est d’ordre affectif, elle est appréciée ou non. C’est seulement dans un deuxième temps que les connexions olfactives se projettent vers le thalamus et le néocortex, au contraire des autres systèmes sensoriels qui sont directement reliés au néocortex.

Les senteurs font éclore des souvenirs cachés dans notre mémoire de manière inattendue. Elles nous permettent de faire revivre des souvenirs oubliés de manière très précise.

Une senteur peut vous évoquer un été d’enfance en bord de mer, une autre un délicieux dessert cuisiné en famille, une randonnée en montagne, une personne qui vous manque, etc…

Les neurosciences ont prouvé que les souvenirs évoqués par les odeurs sont plus riches, plus détaillés et plus anciens que ceux rappelés par les autres sens. On est transporté dans une scène hyper-réaliste de notre passé ou nos sens se « rappellent » un lieu, un environnement, une personne, une époque, un ressenti corporel, une émotion, etc… Les senteurs évoquent des souvenirs avant nos 10ans. Contrairement à l’ouïe ou l’audition qui évoquent des souvenirs plus tardifs.

Les applications thérapeutiques possibles avec les odeurs des huiles essentielles

Avec ses particularités, l’olfaction ouvre de nombreuses applications thérapeutiques.

  • Pour notre bien-être :

Comme vu précédemment, les odeurs sont directement liées à nos émotions. On peut donc les utiliser pour nous apporter des émotions positives.

Comme une béquille dans notre quotidien pour affronter une situation compliquée, nous rassurer ou nous aider au lâcher prise.

Pour nous offrir un moment de déconnexion, une bulle de bien-être. Les senteurs permettent par exemple de faciliter la méditation. Elles sont comme un fil rouge qui nous ramène à notre état de conscience lorsque les pensées parasites viennent nous envahir de nouveau.

  •  L’Olfactothérapie, thérapie psycho-émotionnelle puissante :

L’Olfactothérapie selon la méthode de Gilles Fournil est une thérapie psycho-émotionnelle qui permet de libérer des traumatismes ou croyances de l’enfance qui sont à l’origine de blocages dans notre vie actuelle.

Cette thérapie brève utilise les odeurs des huiles essentielles et les spécificités de l’olfaction. 

  • Pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées

« L’odorat, le mystérieux aide-mémoire, venait de faire revivre en lui tout un monde. […] et c’est le dernier qui part quand tout le reste n’existe plus » Victor Hugo

Depuis 2001, l’aromachologue Patty Canac propose des ateliers olfactifs aux patients du service neurologique de l’Hôpital Raymond-Poincaré de Garches. Elle a ainsi montré que l’odorat aide à compenser certains déficits de l’attention, de la mémoire ou du langage.

Selon plusieurs études et thèses, la thérapie par réminiscence est efficace sur la cognition, la dépression et les troubles du comportement.

En effet, l’évocation de souvenirs ravive la mémoire autobiographique et reconnecte la personne à son histoire et son identité, elle augmente ainsi l’estime de soi.

Conclusion

Longtemps considéré comme « le sens oublié », l’odorat a été moins éduqué et stimulé que les autres sens. Dès la petite enfance, on apprend à identifier les couleurs, les formes, les sons, les gouts ou encore les textures, mais rares sont les occasions de porter une réelle attention aux odeurs. Cela explique aussi la pauvreté du vocabulaire pour exprimer nos ressentis olfactifs.

Heureusement, les choses évoluent. De plus en plus d’études s’intéressent à l’impact de l’odorat sur notre bien-être et notre santé. La crise du Covid-19 a d’ailleurs mis en lumière son rôle fondamental, nous rappelant à quel point ce sens, souvent sous-estimé, est essentiel dans notre quotidien.